Salut à tous,

Les habitudes peuvent changer, les pratiques aussi...

Après les remarques de la semaine passée sur les conflits et quelques compléments prosaïques personnels, voici mes propos réflexifs du soir suite à une lecture passionnante, quant au changement considéré comme "projet de changement", propos qui offrent des éléments de solutions aux questions soulevées hier, afin de mener à bien, à mon sens, un changement construit et vécu de manière positive.

Si ces réflexions quelque peu spécifiques et méthodologiques, bien que encore assez généralistes et parfois longues à lire, vous aident n’hésitez pas à m’en parler, ça m’aidera aussi…

Un théoriste a écrit dans l’un de ses bouquins que « (…) l'imaginaire (…) résulte toujours d'un affrontement entre les deux forces dont dépend la vie : 1. celle qui sert le maintien des acquis. Elle exprime ce qu’on appelle l'instinct de conservation et - selon les circonstances -, on dira qu'elle manifeste la permanence (positive) ou la résistance (négative), 2. celle qui tend à promouvoir le devenir de l'être. Elle est pulsion de renouvellement et - suivant les cas -, on dira qu'elle manifeste l'évolution (positive) ou l'entropie (négative). »

Tel qu'il le présente, l’imaginaire c’est le « changement vers un meilleur ». La résistance du collectif, du groupe humain, y est donc une calamité, car l'évolution devient un rêve inatteignable, voire un cauchemar (Cyrulnik appelle ça le « nocebo »). Résultat encore plus effrayant : les choses restent ce qu'elles sont puis meurent. Ainsi donc le collectif noircirait tout progressivement et le projet imploserait (s'effondrerait sur lui-même donc, tel un trou noir).

La faute à l'homéostasie = « résistance naturelle ».

Si elle est naturelle, alors comment la corriger ? « Par une action » selon le positif économiste américain D. Gleicher. Il propose la méthode suivante : - mesurer la force du « ras-le-bol » : pour se projeter dans une forme future, on doit en avoir assez du fonctionnement présent (premier paradigme assez négatif, déjà vu et assez fançais somme toute), - éclairer par sa vision en exposant par la simplicité les exemples concrets de ce qu'il faut atteindre, - incarner l’idéal (Gandhi a dit « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ») en soignant les premières étapes vers « le mieux » : on montre ainsi qu’une voie de réussite est possible, réussite qui préfigure l'heureux point d'arrivée : le meilleur.

Le potentiel de captation, de compréhension et de changement positif de ses auditeurs devient alors de plus en plus grand.

Un groupe peut donc aller vers un changement si (transformer le négatif en positif, comme les végétaux qui piègent le CO2, et transforment la mort du vivant animal en vivant végétal) : 1. la situation actuelle ne satisfait plus (constat négatif) 2. l’objectif énoncé est simple et explicite (projection positive) 3. les actions déjà réalisées sont opérationnelles et positives (résultats positifs)

Chaque étape supplémentaire gagnée est importante. Les « cercles vertueux » sont donc indispensables (Pavlov pour la théorie dans les bouquins, David dans le cahier de projets Ecedi, Samia pour ma mise en pratique par le passé, les arbres dans la nature). Il faut donc encourager et accompagner chaque avancée, même petite, et signaler à celui qui réussit sa propre progression pour l’encourager. Vaste programme pédagogique !

4e point donc : encourager tous les progrès.

Certains psys pensent qu’une poignée de pionniers convaincus peut faire basculer toute une société. Y compris vers « le mieux ». Ah oui ? Gandhi, Martin Luther King, les suffragettes, le feint ou réel écolo à la mode Al Gore seraient de cette trempe, plus modestement et plus proche de nous Pierre Rabhi.

Avec des personnes ouvertes à la critique constructive et au débat (1ère condition sine qua non qui rassure tout le monde), il me semble utile de : - encourager le groupe à avoir des idées simples et faciles à retenir (2ème condition, on comprend ce qui est vécu par le groupe, et ce qu’il veut - « Ce qui est simple est efficace », dirait Marcel Dassault, le joyeux vendeur d’armes), - veiller à ce que le groupe soit visible tout le temps (3ème condition - on entend les idées partout, chaque membre du groupe est présent sur tous les fronts), - consolider la solidarité du collectif (4ème règle, la pugnacité, le courage et la cohésion quoi qu'il arrive).

Une majorité, par le simple fait d'une minorité convaincante, peut basculer dans des comportements positifs et des valeurs complètement différentes. L’ère du changement est gagnée.

Conclusion générale : 1. cultiver la lassitude, dans son attente d’un différent et d’un mieux, 2. indiquer une forme claire et concrète d'un mieux atteignable, 3. mobiliser une minorité tolérante, persévérante, solidaire, animée de concepts simples, incarnant partout et tout le temps son idéal, 4. réussir soi-même les premiers pas (forcément exemplaires) vers le mieux, 5. féliciter tous ceux qui suivent et mènent le changement, même avec humilité et discrétion, qu’ils soient leaders ou petits acteurs du changement. Le mérite ne se mesure pas à la position hiérarchique dans un projet.